"Aujourd'hui, le silence de la faïencerie protège encore un art dont les gestes sont toujours restés les mêmes... habileté, précision, maîtrise... à Malicorne, rien ne naît sans patience, rien n'est beau sans passion, rien n'est vrai sans respect."


L'argile qui doit servir à la fabrication des formes est extraite d'une carrière située à la sortie de Malicorne. Brute et impure, elle doit subir tout un processus de préparation pour pouvoir être utilisée en atelier. La terre est mélangée avec une argile d'une localité voisine, La Chapelle d'Aligné, et avec de l'eau.

Elle séjourne ainsi une semaine dans des bacs avant d'être versée dans un malaxeur pour être broyée. Un ajout important d'eau la rend liquide. Elle est alors tamisée puis s'écoule dans un grand bassin de décantation. Après une semaine de repos durant laquelle l'excédent d'eau est éliminé par un trop-plein, la terre toujours liquide, alors appelée barbotine, est versée dans des formes de plâtre. Ces formes absorbent l'eau pendant deux à quatres jours : la terre est alors assez dure pour être ramassée, mise en pains et stockée en cave pour une durée minimale de deux années. Ce vieillissement en cave a son importance: les matières organiques encore présentes dans l'argile s'éliminent et la terre obtient alors des qualités plastiques idéales pour le façonnage des formes.

L'ingrédient essentiel de l'émail est la calcine: un mélange d'oxydes de plomb et d'étain dont la qualité sera déterminante pour sa blancheur. Des lingots de plomb et d'étain sont fondus dans un four alimenté avec du bois. Les flammes viennent lécher le métal qui rapidement entre en fusion.

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La porte du four reste ouverte pour permettre à l'air d'entrer et rapidement une couche poudreuse d'oxyde, la calcine, se forme à la surface du bouillon de métal.
La calcine est récupérée puis mélangée avec du sable de Nevers, du sable et du borax. Tous ces ingrédients sont déposés dans un four alimenté au charbon. A la température de 1000° C. environ, les poudres entrent en fusion et sont précipitées dans une fosse remplie d'eau. Par ce refroidissement brutal, on obtient des blocs solides d'émail brut qui sont ensuite finement broyés jusqu'à l'obtention d'une poudre qui mélangée avec de l'eau donnera le bain d'émail.

 

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Habile et précis, le geste du tourneur imprime à l'argile une courbe régulière, un galbe précis. L'art du potier fascine et l'on reste impuissant à vouloir décrire avec des mots ces sensations intimes entre l'artiste et la matière. Le tournage est employé pour la fabrication des formes rondes et lisses.

Le calibrage permet de réaliser des modèles ronds comportant des reliefs légers comme des cannelures. Un moule de plâtre s'adapte sur un tour de potier muni d'un bras mécanique articulé. Il suffit de placer une balle de terre au fond du moule et de le faire tourner rapidement. En abaissant le bras mécanique, un gabarit appelé estèque pénètre dans le moule et comprime l'argile sur ses parois. Après quelques heures de séchage, il est possible de récupérer la forme.
Les autres formes sont obtenues par estampage: on utilise des moules de plâtre qui se décomposent en plusieurs parties. Chaque élément est garni à la main d'une plaque de terre, puis le moule est recomposé pièce par pièce. Après séchage, le moule est démonté et la forme apparaît avec ses coutures et ses imperfections. Il faudra lisser, ébarber, et parfois ajouter des éléments en relief comme des anses.

 

Après quelques jours passés en cave pour se raffermir, certaines formes peuvent être ajourées. A l'aide d'un canif, l'ajoureuse découpe patiemment l'argile crue pour donner aux vases, corbeilles ou pieds de lampe une finesse et une légèreté sans pareil. Ce travail long et délicat a fait la réputation des faïences de Malicorne.

 

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Les formes terminées sont disposées en cave pour un séchage lent et régulier. Elles sont ensuite cuites une première fois à 1050°C. La terre devient dure et poreuse, et obtient une couleur brun-rosée. Les terres cuites sont aussi appelées biscuit.
Le biscuit est plongé dans le bain d'émail pour que les fines particules d'émail viennent se déposer à sa surface. Les décors sont aussitôt appliqués.

Posées à l'aide de pinceaux, les couleurs sont toutes composées d'oxydes métalliques: cobalt pour le bleu, antimoine pour le jaune...
Le silence est profond dans l'atelier de décoration. Chacun retient son souffle et l'on pourrait presque parler de recueillement tant l'attention est grande.
C'est la seconde cuisson à 920°C. qui fixe les couleurs du décor sur l'émail pour rendre ces dessins vifs et inaltérables. Le feu est aussi le moment de vérité, la dernière étape où tout peut basculer: fêles et autres défauts de cuisson peuvent en une nuit ruiner le travail de plusieurs semaines.

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